Samuel Champlain
( né vers 1575 - décédé à Québec le 25 décembre 1635 )
capitaine de marine, cartographe, explorateur, commandant, auteur ...
cofondateur
de l'Acadie (en 1604)
puis de Québec (en 1608)
avec
Pierre DUGUA de MONS

  1. Champlain nous a-t-il laissé des écrits ?
  2. Où est-il né ?
  3. Qui sont ses parents ?
  4. Quand est-il né ?
  5. A-t-on son portrait ?
  6. Était-il noble ? Fut-il annobli ?
  7. Fut-il Gouverneur de la Nouvelle-France ?
  8. Quels revenus touchait-il ?
  9. Comment s'est-il trouvé ou conservé des appuis en France ? Auprès de qui ?
  10. Pourquoi, quand et comment a-t-il trouvé épouse ?
  11. Fut-il chaste ?
  12. Quels furent ses principaux objectifs et ses principales motivations ?
  13. Quelle était sa stratégie pour réussir son projet ?
  14. Quels principaux obstacles a-t-il dû surmonter ?
  15. Quelles étaient ses principales qualités ?
  16. Avait-il d'évidents handicaps ?
  17. Pourquoi a-t-il participé, dès 1609, à la guerre contre certaines nations autochtones ?
  18. Combien de fois a-t-il traversé l'Atlantique ? Pourquoi chaque retour en France ?
  19. ...

Nous désirons concentrer ici, brièvement, le plus de lumière possible sur Samuel CHAMPLAIN, le cofondateur de Québec (en 1608) et le premier commandant des postes de colonisation française dans la vallée du Saint-Laurent (de 1608 à 1635).

Roturier, Samuel CHAMPLAIN ne reçut jamais le titre de Gouverneur, mais en exerça les fonctions, en tant que lieutenant de nobles restés en France et, successivement désignés vice-rois de la Nouvelle-France, par les successifs rois de France Henri IV et Louis XIII.

Concernant Samuel CHAMPLAIN, de siècle en siècle, trop d'auteurs ont avancé ou répété des allégations non prouvées. À les tous croire, en accumulant leurs déductions mal fondées, Samuel CHAMPLAIN serait né calviniste à Brouage en 1567, puis il aurait été anobli (cela, avant 1611) et il serait devenu Gouverneur de la Nouvelle-France ! Qui plus est, d'aucuns ont aussi prétendu qu'il aurait été chicanier, belliqueux, lubrique, profiteur, catholique intégriste, intolérant... et qu'il aurait même recruté des criminels pour peupler la Nouvelle-France !

Rien n'est moins sûr que tout énoncé divinatoire, fût-il séculaire !

Durant ces deux derniers siècles, plusieurs auteurs, chercheurs ou historiens ont dénoncé ou rectifié de telles élucubrations. On retrouve çà et là sur l'Internet des traces de ces corrections, mais éparses et dissoutes dans une mer de sornettes. Nous désirons présenter ici des rectifications sur la biographie de Samuel CHAMPLAIN, en tenant compte de toute source fiable disponible aujourd'hui, dont des actes découverts récemment (comme la découverte récente de l'acte de baptême de François GRAVÉ, qui a des répercussions sur la détermination de l'année de naissance de CHAMPLAIN, comme nous allons voir).

Au sujet de Samuel CHAMPLAIN et son temps, nous serions heureux de patager avec vous, de recevoir vos questions, remarques, informations, suggestions... N'hésitez pas à nous en faire part : nous vous en donnerons le crédit.

1) Les écrits de Samuel Champlain

Peu de gens savent que Samuel CHAMPLAIN nous a laissé plusieurs écrits, qui pour la plupart parurent immédiatement à Paris (en 1603, 1613, 1619, 1632) et furent réédités 3 ou 4 siècles après (dont aussi, de nos jours, suivant l'orthographe et la graphie modernes). Ces écrits constituent, dans leur ensemble, la plus importante et la plus sûre source d'information (une source première, directe et souvent unique) sur les débuts de la colonisation française en Amérique du Nord (en Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent) ...et aussi sur sa vie personnelle, bien qu'il soit diplomate et très discret sur lui-même et sur les siens, le lectorat qu'il cible étant formé des gens influents du royaume de France, susceptibles de l'appuyer dans son persistant projet d'établir une colonie française en Amérique du Nord, sans même espérer de subvention royale, de réussir là où, avec de grands moyens, échouèrent Jacques CARTIER et Jean-François de LaRocque de ROBERVAL en 1541-1542, sous le roi François, premier de ce nom.

Ce sont principalement (par numéro de tome, selon la réédition de Laverdière, en 1870) :

  1. BRIEF DISCOURS DES CHOSES PLUS REMARQUABLES QUE SAMMUEL CHAMPLAIN DE BROUAGE A reconneues aux Indes Occidentalles [...],
    48 pages numérotées suivies de 46 pages non numérotées, comportant 62 planches de gravure numérotées (éléments de la faune ou de la flore, paysages, cartes géographiques ou marines, autochtones en activité), dont 4 pages en couleur.

    Ce premier récit, que plusieurs experts lui attribuent en toute probabilité (sauf parfois pour certains passages) et que Samuel CHAMPLAIN n'a pas fait paraître (sans doute pour ne jamais être considéré traître ou favorable à l'Espagne, même si un accord de paix venait d'être signé entre ces deux royaumes), est tiré d'une copie anonyme présumée assez fidèle à son hypothétique manuscrit (non retrouvé) relatant son Voyage aux Indes Occidentales en 1598 ou 1599 jusqu'en 1601 : aux Antilles, au Mexique, en Amérique Centrale, ... - toutes ces contrées, la plupart sous domination espagnole, étaient alors souvent nommées soit Pérou, soit « Indes occidentales » !
  2. DES SAUVAGES OU VOYAGE DE SAMUEL CHAMPLAIN DE BROUAGE, FAIT EN LA FRANCE NOUVELLE, L'an mil six cens trois [...], Paris, Claude de Monstr'oeil, 1603.
    63 pages numérotées, précédées de 8 pages numérotées i-viii (page titre; brève épître de Champlain à Charles de Montmorency, amiral de France et de Bretagne; petit poème de circonstance, du sieur de la Franchise; extrait du Privilège royal; table de chapîtres).

    Avant 1608, Samuel CHAMPLAIN n'est encore qu'un observateur invité.

    En 1603, sous le règne du roi Henri IV et accompagné de François GRAVÉ-DUPONT, pilote et marchand habitué au Saint-Laurent, il vient pour la première fois en Amérique du Nord et remonte en barque « la grande rivière de Canada » (le fleuve Saint-Laurent) jusqu'au « grand sault » (le sault Saint-Louis) près du « mont Réal », insatisfait de ne pouvoir en barque se rendre au-delà du lieu qu'avait atteint le Malouin Jacques CARTIER en 1635.

  3. LES VOYAGES DU SIEUR DE CHAMPLAIN, XAINTONGEOIS, CAPITAINE ordinaire pour le Roy, en la marine. [...], Paris, Jean Berjon, 1613.
    327 pages numérotées, entre lesquelles sont insérées 24 pages non numérotées de cartes, dont à la fin une grande carte de la Nouvelle-France dressée par Samuel CHAMPLAIN, le tout précédé de 16 pages numérotées i-xvi (page titre; brève épître de CHAMPLAIN « Au Roy » [Louis XIII]; brève épître de CHAMPLAIN « À la Reine régente, mère du Roy » [Catherine de Médicis]; long poème [en 16 stances] de L'Ange Paris « Aux Français, sur les voyages du sieur de Champlain »; Ode [en 7 strophes] de Motin «À Monsieur de Champlain sur son livre et ses cartes marines»; SOMMAIRES DES CHAPÎTRES);
    le tout se subdivisant ainsi :
    pages 1-133 : LIVRE PREMIER (17 chapîtres), récit de l'exploration des côtes de l'Acadie jusqu'au-delà du Cap Blanc (l'actuel Cape Cod) et des premiers hivernement en Acadie (à l'Île Ste-Croix en 1604-1605, puis à Port-Royal en 1605-1606 et 1606-1607) sans femme ni famille;
    pages 135-203 : LIVRE SECOND (11 chapîtres), récit de la fondation de Québec (toujours sans femme ni famille) et des événements de 1608-1609;

  4. Voyages et découvertures [explorations, découvertes à la suite d'explorations] faites en la Nouvelle-France, depuis l'année 1615 jusqu'à l'année 1618, Paris, Claude Collet, 1619.

  5. Les voyages de la Nouvelle-France occidentale, dite Canada [...] depuis l'an 1603 jusqu'en l'an 1629, Paris, Claude Collet, 1632, 2 volumes; autres éditions en 1632, chez Pierre Le Mur et chez Louis Sevestre.

  6. Traité de marine

2) Son lieu de naissance

CHAMPLAIN est-il exactement à Brouage ?

- Nous n'en avons pas la preuve.

Nous savons seulement que  :

  • Samuel CHAMPLAIN a vécu à Brouage (en Saintonge; aujourd'hui Hiers-Brouage, Charente-Maritime) : dans le titre de ses premiers récits (voir I et II, ci-haut), il avoue y avoir vécu, mais sans affirmer qu'il était natif de Brouage.

  • Un incendie à Brouage y a détruit les archives antérieures à 1690.

  • Samuel CHAMPLAIN se déclare Saintongeois (voir III, ci-haut).

Samuel CHAMPLAIN pourrait être né ailleurs qu'à Brouage, même s'il semble y avoir terminé sa jeunesse.

Il pourrait être né ailleurs, en Saintonge ou non, et avoir vécu ensuite à Brouage.

La probabilité de trouver un acte qui nous l'indique n'est pas nulle mais très faible, vu la rareté des registres à cette époque et la faible probabilité qu'ils existent encore et qu'ils soient lisibles.

 

3) Ses parents

Son contrat de mariage nous apprend que Samuel CHAMPLAIN est fils d'Antoine CHAMPLAIN, capitaine de la marine, et de Marguerite LEROY (ou ROY) :

« [...] Samuel de Champlain, sieur dudict lieu, capitaine ordinaire de la Marine, demeurant à la ville de Brouage, pays de Sainctonge, fils de feu Anthoine de Champlain, vivant capitaine de la Marine, & de Dame Marguerite LeRoy, ses pere & mere, ledit sieur de Champlain estant de present en ceste ville de Paris, loge rue Tirechappe, de la paroisse Sainct Germain d'Auxerrois [...] »

Ce contrat de mariage avec Hélène BOULLÉ est passé devant les notaires Nicolas CHOCQUILLOT et Loys [Louis] ARRAGON et déposé au Châtelet à Paris le 27-12-1610, Registre des Insinuations au Greffe du Chatelet.

(Source : Laverdière 1870/Éditions du Jour, Montréal 1973 - diffusé aujourd'hui sans frais par le Projet Gutenberg : www.gutenberg.org/browse/authors/c#a2130, OEUVRES DE CHAMPLAIN, tome V, pièce justificative XXXI, pages 33-35/1445-1447)

4) Sa date de naissance

Dans les siècles précédents, il a été souvent écrit et répété que Champlain est né en 1567.
Et cela est partout gravé (en France et en Amérique) sur des plaques de bronze , hélas !

En quelle année, donc, CHAMPLAIN est-il né ?
- Nous ignorons quand, exactement, mais nous avons maintenant de plus solides solides indices.

Pour en arriver à solutionner cette énigme de la meilleure façon possible, voici donc les données actuelles.

Nous savons que Champlain se déclare significativement plus jeune que son ami le capitaine de navire et marchand François GRAVÉ, sieur DUPONT (que CHAMPLAIN nomme LE PONT, PONT-GRAVÉ, etc.).

CHAMPLAIN a en effet écrit (en 1619 - Tome V, ci-haut), au sujet de ce François GRAVÉ-DUPONT :

« son âge me le ferait respecter comme mon père ».

Samuel CHAMPLAIN aurait aussi écrit (dès le début du BRIEF DISCOURS qui lui serait attribuable - Tome I, ci-haut) qu'il a

« esté employé en l'armée du Roy qui estoit en Bretaigne soubz messieurs le Mareschal d'Aumont, de St Luc, & Mareschal de Brissac, en qualité de Mareschal des logis de la dicte armée durant quelques années, & jusques à ce que Sa Majesté eust en l'année 1598, reduict en son obeissance ledict païs de Brestaigne, & licencié son armée [...] ».

___

  • Jean d'Aumont, né en 1522 et créé « maréchal » en 1579 par Henri III : mort d'un coup de mousqueton, le 19 août 1595.
  • François d'Espinay de Saint-Luc, beau-frère du maréchal d'Aumont, nommé en 1596 « grand-maître de l'artillerie » : tué d'un boulet de canon le 8 septembre 1597.
  • Charles de Cossé-Brissac, second du nom, « maréchal de France » auquel Louis XIII donna le titre de « duc » en 1612.

Or nous savons, depuis peu, que ce François GRAVÉ fut baptisé (paroisse Notre-Dame, à Saint-Malo, Ille-et-Vilaine) le 27 novembre 1560.

Nous savons, de plus, qu'on ne pouvait généralement procréer ou enfanter avant l'âge de 15 ou 16 ans, à l'époque, notamment en France et en Nouvelle-France, sans doute à cause d'une alimentation, à l'année longue, moins variée et moins bien équilibrée qu'aujourd'hui et vu alors surtout le peu de connaissance en sciences pratiques (en agriculture, médecine, chimie alimentaire, diététique et autres sciences biologiques) et le peu de moyens de conservation alimentaire et de transport rapide, alors.

Samuel CHAMPLAIN pourrait donc être environ de 15 ans à 20 ans plus jeune que ce François GRAVÉ-DUPONT, et donc être né vers 1575 (vraisemblablement entre 1573 et 1580) et fort probablement pas aussi tôt que 1567.

L'abbé Laverdière (au Tome I ci-haut, page ix, Notice biographique de Champlain), se fiant à un ouvrage intitulé Biographie saintongeoise, accepte la double croyance à l'effet que Champlain avait au moins 25 ans (l'âge alors requis pour être déclaré « majeur ») lorsqu'il devint « maréchal des logis » et que c'était en 1592 : d'où, la déduction qu'il serait né en 1567. Pour confirmer ces allégations, Laverdière suppose ensuite que François GRAVÉ-DUPONT avait au moins 10 ou 12 ans de plus que Champlain et rapporte (pages suivantes : x et xi) que Sagard (un frère récollet venu en Nouvelle-France en 1623) a écrit que GRAVÉ-DUPONT avait environ 65 ans en 1619.
De tout ceci, Laverdière conclut (faussement) que Champlain avait 52 ans en 1619 et serait donc né en 1567.

Nous ne partageons pas du tout ces prémisses et cette conclusion de Laverdière et consorts, car absolument rien n'exclut que le doué Samuel CHAMPLAIN ait assumé, avant d'atteindre l'âge de 20 ou 25 ans et avant 1596, peut-être aussi tôt qu'en 1592, la charge de « maréchal des logis » et nous savons maintenant que, en réalité, François GRAVÉ-DUPONT est né en 1560 - nous le savons, maintenant ! - et avait donc 58 ou 59 ans en 1619, plutôt que 65 ans !

Marcel TRUDEL (dans L'Encyclopédie canadienne : http://encyclopediecanadienne.ca) écrit que Champlain est né vers 1570, mais cet historien, aujourd'hui retraité et qui est admirable pour sa rigueur et ses études très fouillées et bien documentées, écrivait cela bien avant que l'acte de baptême de François GRAVÉ-DUPONT ait été découvert.

 
5) A-t-on son portrait ?

Non. Aucun vériitable portrait de lui n'est connu.

Statue de Samuel Champlain, à Québec, par Chevré.

Dans ses dessins publiés, Champlain lui-même ne s'est représenté qu'une seule fois, mais de façon lointaine et caricaturale, convenue, simpliste. Jugez-en :


 

Champlain, portant l'épée, unique arquebusier à l'oeuvre au centre de l'illustration (ici en format réduit)
de son premier combat au côté de ses alliés autochtones, en 1609.
Ses deux compagnons français, à l'orée du bois, sont les seuls autres alors munis d'arme à feu.

Ultérieurement, plusieurs artistes, peintres ou sculpteurs, aucun ne l'ayant vu ni connu, l'ont imaginé. Par exemple, ci-contre, cette oeuvre en bronze, de 4,25 mètres de hauteur, du scuplteur parisien Paul-Romain Chevré, installée en 1898, qui (en 2006) vient d'être descendue de son piédestal de 10,4 mètres pour restauration en prévision des Fêtes du 400e anniversaire de Québec (en 2008).

L'artiste Chevré le présente ici lors d'un retour récent à Québec, en justaucorps, avec cuissardes et cape, tenant dans sa main droite un chapeau à plume, et dans sa main gauche ses nouvelles lettres de créances, enroulées, à côté du manche d'épée, le visage rappelant celui des représentations (toutes imaginaires, elles aussi !) de Jacques Cartier.


Portrait imaginaire de Jacques Cartier (1491-1557),
par (Edmond ?) Lemoine en 1895.

Certains artistes présentèrent même Champlain à côté d'un navire à Québec, alors que seules les barques s'y rendaient.


L'arrivée de Samuel de Champlain à Québec,
selon George Agnew Reid, 1909

Champlain arrivant à Québec,
par Charles William Jefferys (1869-1951)

Les navires, ce n'étaient plus les petits navires de Jacques Cartier (Petite Hermine de 60 tonneaux, Grande Hermine de 120 tonneaux, Emerillon" de 40 tonneaux !), mais des vaisseaux de jusqu'à 200 ou 300 tonneaux, restaient ancrés en face du Moulin-Baude, une lieue (quelque 4 kilomètres) à l'est de Tadoussac, pour éviter le fort courant du Saguenay, qui aurait pu entraîner leur naufrage sur des écueils de la rive opposée.

Qu'en est-il du portrait le plus connu de Champlain, et sujet à plusieurs variantes utilisées pour jusqu'à vendre de la bière ou de l'essence de pétrole à son nom ? (de la Brasserie Dow puis Molson, le porter Champlain, disparu en 1999 à l'âge de 88 ans; du papa de Pierre E. Trudeau (1919-2000), les Pétroles Champlain, rachetés à la fin des années 1960 par Esso à un prix mirobolant !)

Portrait de Particelli,
gravé en 1654 par Moncornet.
En arrière-plan, un jardin.

Prétendu portrait de Champlain,
gravé par un supposé Ducornet aux environs de 1854.
En arrière-plan, le Cap Diamant.


Une belle variante ultérieure...
 

Un porter...

Voici ce qu'en dit l'historien Denis Martin :

L'histoire de la « fabrication » du portrait de Champlain est assez complexe. Disons qu'elle impliqua, entre 1852 et 1854, le collectionneur et bibliophile Georges-Barthélemi Faribault, les français Adolphe de Puibusque et le dessinateur Pierre-Louis Morin, la complicité d'un conservateur de l'ancienne Bibliothèque impériale, l'éditeur parisien Léopold Massard et l'imprimeur Villain.

On trouva donc le portrait de Michel Particelli d'Émery, surintendant des finances sous Louis XIII et Louis XIV, né à Lyon vers 1595 et décédé à Paris en 1650, et qu'avait gravé Moncornet en 1654, comme satisfaisant à la demande de vraisemblance historique. On retira [en copiant le Particelli] sa calotte et on substitua au jardin à l'italienne à l'arrière-plan une vue de Québec, hautement fantaisiste du reste.

[Pour ce qui est du nom de l'artiste] De Moncornet, on passa à Ducornet, et de 1654 à 1854, pour la date. La falsification était complétée. [Š] Il est plus que probable que Pierre-Louis Morin, aidé par le graveur Massard et l'imprimeur-lithographe Villain, fut au coeur de la supercherie et que la mention « Ducornet Ec. c. f. » apposée au bas du portrait était simplement une altération voulue de la mention originale apparaissant au bas de l'estampe de Montcornet .

En juillet 1854, le portrait lithographié rapporté par Morin fut enregistré à la Législature de Québec et, depuis, on l'attribue sans hésiter à Louis-César-Joseph Ducornet, qui ajoutait cependant à sa signature « né sans bras ». Existait-il un autre lithographe nommé Ducornet en 1854 ? L'hypothèse est peu vraisemblable, mais il est évident que les pistes ont été embrouillées à souhait dès l'époque de la fabrication du portrait de Champlain. L'authenticité de la copie et son attribution à L.-C.-J. Ducornet allaient ainsi être consolidées par un étrange article nécrologique paru dans Le Journal de Québec en juin 1856, probablement écrit par Morin lui-même.

En octobre 1857, ce dernier mit en vente le portrait lithographié de Champlain chez les frères Brousseau à Québec, ainsi que les portraits de Jacques Cartier et du marquis de Montcalm, également édités à Paris. Le peintre Théophile Hamel, gendre de Faribault, exécuta une version à l'huile du portrait de Champlain entre 1862 et 1864, gravée par O'Neil pour le frontispice de la traduction de l'Histoire et Description Générale de la Nouvelle-France du père de Charlevoix parue à New York en 1866. D'autres variantes suivirent, en nombre, dont celle que publia l'abbé Charles-Honoré Laverdière en frontispice des Oeuvres de Champlain en 1870 [Š].

Depuis lors, ce visage de Champlain est celui du père de la Nouvelle-France, fondateur de Québec, et il le demeurera pour la postérité, ainsi que l'avait espéré le père Le Jeune dans l'oraison funèbre prononcée en 1635. En septembre 1898, le dévoilement de la statue de Paul Chevré conféra en quelque sorte à Champlain l'immortalité que les historiens cherchaient à lui faire atteindre depuis un demi-siècle... Que serait aujourd'hui la ville de Québec sans cette image?

Source : Raymonde Litalien, Denis Vaugeois (sous la direction de), Champlain : la naissance de l'Amérique française. Québec : Éditions du Septentrion et Nouveau Monde Éditions, 2004; 400 pages. Illustré. Index. Grand format, couleurs, reliure de luxe et jaquette. 75,00$ ISBN 2-89448-388-0

 
6) Champlain était-il noble ? fut-il annobli ?

Aucun noble ne vint à Québec, sous Champlain.

Dès 1608, à Québec, Champlain avait un pigeonnier : un droit réservé aux nobles, en France.

Il lui arrivait ici de porter l'épée : c'était encore un privilège de noble, dans la mère-patrie !

Dès son mariage, en décembre 1610 à Paris, des actes lui attribuent le titre de « noble homme » et lui ajoutent la particule : Samuel de Champlain - voir 3, ci-haut.

En 1603, son premier ouvrage paru (voir ci-haut) est attribué à Samuel Champlain;
mais ses oeuvres postérieures à 1610 sont attribuées à Samuel de Champlain.

(à suivre)

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Dernière mise à jour : le 31 janvier 2007
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