abbé Charles-émile GADBOIS
(St-Barnabé-Sud 1906 - Montréal 1981)
compositeur, parolier, harmonisateur, éducateur,
directeur-fondateur et diffuseur (1937-1955) de « La Bonne Chanson » française en Amérique du Nord


Les familles GADBOIS du Québec sont issues du menuisier bruxellois Joseph VAN DAN DYKE (« de la digue », tôt devenu, au Québec, VANDANDAIGUE), né vers 1653, arrivé à Québec avant 1676, et de Louise CHALIFOUR, qu'il a épousée à Québec le 18 avril 1678 (fille du pionnier, charpentier de grosses oeuvres, Paul CHALIFOUR aussi dit CHALIFOUX et de Jacquette ARCHAMBAULT).

Ce menuisier VANDANDAIGUE, qui reçut le surnom taquin de GÂTE-BOIS, a une nombreuse descendance dont les lignées masculines directes portent aujourd'hui les patronymes VANDANDAIGUE ou GADBOIS. - Ne pas confondre avec le patronyme GADOUAS, d'une toute autre souche.

Voir la lignée patronymique de l'abbé GADBOIS.


 

Charles-émile GADBOIS naît à Saint-Barnabé-Sud, près de Saint-Hyacinthe, le 1er juin 1906.
Il est le fils de Prosper GADBOIS, propriétaire du magasin général, agent d'immeuble et maire de 1917 à 1925, et de Célina GERMAIN.

Dans sa famille, l'on chante et, avec ses premières économies, Charles-émile se procure un violon.

Quand il atteint l'âge de 8 ans, sa soeur aînée, Rose-Alma (1902-) l'initie au piano.

Il fait ses études classiques au [Petit] Séminaire de Saint-Hyacinthe de 1918 à 1926 et sa théologie au Grand Séminaire de Montréal de 1926 à 1930.

Durant ses études théologiques, il est « Maître de chapelle » au Grand Séminaire.

En 1930, il obtient, avec très grande distinction, le titre de « Maître de Chapelle et Lauréat de la Schola Cantorum de Montréal ».

Il est ordonné prêtre, dans la chapelle du [Petit] Séminaire de Saint-Hyacinthe, par Mgr Alfred LANGLOIS, évêque de Valleyfield, le 14 juin 1930.

Il y est professeur auxiliaire de grammaire, de liturgie mais surtout de chant et de musique, de 1930 à 1944.

Très tôt, il s'y impose comme directeur de l'orchestre et de la fanfare.

En 1937, il entend notamment l'appel de Mgr Camille ROY, protonotaire apostolique, à promouvoir la chanson canadienne et française.

Le Deuxième congrès de la langue française au Canada se tient à Québec, à l'été 1937 (du 27 juin au 1er juillet), où Mgr ROY (1870-1943) et le musicologue Eugène LAPIERRE (1899-1970) sont parmi les principaux intervenants.

Mgr Camille ROY, professeur, supérieur du Séminaire de Québec et recteur de l'Université Laval, s'illustre également dans le domaine de la littérature et il est le président du comité organisateur de ce Deuxième congrès de la langue française au Canada.

Quelques semaines après le congrès, Mgr ROY se rend au Séminaire de Saint-Hyacinthe afin d'y donner une conférence sur la langue française. Parmi l'assistance, l'abbé GADBOIS écoute avec une grande attention.

À la fin de la réunion, Mgr ROY s'adresse à l'abbé GADBOIS...

Humblement, l'abbé GADBOIS lui répond : « Monseigneur, je vous promets que je vais faire tout mon possible ».

Dès lors, l'abbé GADBOIS se met à l'oeuvre : il composera et recueillera, progressivement et en quelque 15 ans (entre 1937 et 1951), 500 chansons, qu'il publiera en dix volumes, plus quelques recompilations, dont : « Chants pour le temps des Fêtes » et (en format réduit, de poche) « Les 100 plus belles chansons ».

C'est donc dès l'automne 1937 que l'abbé Charles-émile GADBOIS commence la publication des cahiers (dits « albums ») de la « Bonne chanson » : tout d'abord feuille par feuille et auprès des élèves du [Petit] Séminaire de Saint-Hyacinthe.

On doit l'appellation de « La Bonne Chanson » au barde breton Théodore BOTREL (1868-1925), qui a visité le Québec en 1903 et en 1922.

Lors de sa première visite, BOTREL donne une représentation au Monument National où il fait un rapprochement flatteur entre la Bretagne et le Canada français, par le biais de Jacques Cartier, le célèbre marin de Saint-Malo. à la suite de cette visite, il continue à publier des poèmes sur la proximité des deux cultures. Le répertoire de chansons de BOTREL gagne en popularité auprès des familles et dans les maisons d'enseignement.

Le trio d'Albert LARRIEU, qui a aussi séduit les communautés françaises des états-Unis puis du Canada, de 1916 à 1922, contribue également à cet essor.

L'abbé GADBOIS ne manquera pas d'inclure dans ses cahiers quelques chansons de ces deux Français, dont « La feuille d'érable » de ce LARRIEU, qui est le premier feuillet qu'il distribue.

Dès l'automne 1938, l''entreprise de l'abbé reçoit un sérieux coup de pouce quand Le Conseil de l'instruction publique recommande la diffusion des recueils de « La bonne chanson » dans toutes les écoles et incite fortement les familles à se les procurer.

On retrouvera donc très rapidement les « Cahiers de la Bonne Chanson » dans plusieurs foyers ainsi que dans les écoles, au Québec et ailleurs en Amérique.

Cette oeuvre de l'abbé GADBOIS reçoit même, et très tôt, la bénédiction papale.

Le succès phénoménal de la « Bonne chanson » marquera plusieurs générations de Québécois, qui y puiseront des chants pour toutes les occasions : à l'école, en famille, dans les anniversaires, etc. Les chants de la «Bonne chanson» font partie intégrante de la culture populaire québécoise du milieu du XXe siècle.

Fortement imprégnés par la morale catholique de l'époque, ces chants constituent aussi un premier effort sérieux pour contrer l'influence grandissante de la chanson française ou américaine sur les ondes radiophoniques du Québec.


Prêtre, donc obligatoirement fidèle à cette morale, l'abbé GADBOIS devait en conséquence modifier, supprimer ou censurer des couplets ou des vers des chansons qu'il choisissait, qu'elles soient même séculaires ou folkloriques !

On peut cependant noter que les chants qu'écrivit lui-même l'abbé GADBOIS ont des paroles plaisantes, qu'on pourrait dire de laïc folâtre, s'amusant empathique et sans bondieuserie des amours naissants - ainsi qu'au Temps des pommes !

L'abbé GADBOIS était donc, dans ses attitudes, à contre-courant de la majorité des membres du clergé de l'époque... et de tous leurs sévères dirigeants... qui étaient particulièrement obnubilés par tout ce qui pouvait évoquer la sexualité, y compris par toute marque d'affection.

Les succès, la popularité et l'ouverture d'esprit de ce prêtre GADBOIS, en cette époque de catholicisme outrancier au Québec, tout cela concourait à lui attirer un jour, et à jamais, les foudres ecclésiastiques !


Faisant oeuvre d'éducation, l'abbé Gadbois et d'autres auteurs vont jusqu'à adapter des musiques de grands compositeurs du répertoire classique afin d'en faire des chansons, dont : Bach, Beethoven, Brahms, Chopin, Faure, Franck, Gounod, Massenet, Mehul, Mendelssohn, Mozart, Offenbach, Schubert, Schumann et Tchaikovsky. Des textes de certains poètes, tels Alphonse Daudet, Alfred de Musset, Louis Fréchette, Victor Hugo, sont également utilisés afin de créer certaines chansons.


Le succès commercial sera tel qu'en moins de vingt ans l'abbé Gadbois vendra trente millions d'exemplaires de ses cahiers.

En 1939, l'abbé GADBOIS et "RCA Victor" lancent, sur étiquette "Bluebird", les premiers de plus de 70 disques (de 2 chansons chacun, à 78 tours/minute), comprenant une centaine de titres, consacrés à La Bonne Chanson.

Si l'on fait appel à plusieurs chanteurs, à formation musicale classique, pour enregistrer ces oeuvres (dont François BRUNET, Paul-émile CORBEIL, Marthe LÉTOURNEAU, le Quatuor Alouette, David ROCHETTE), il revient cependant à Albert VIAU (1910-2001) d'avoir interprété la majorité d'entre elles.

« Le Quart d'heure de la Bonne Chanson » est diffusé pendant plusieurs années à la radio (Radio-Canada en 1939-1941, puis CKAC en 1941-1952).

Pour les plus jeunes, l'abbé GADBOIS a également préparé la série radiophonique « Madeleine et Pierre » et des programmes de solfège et de chant à enseigner dans les écoles : « La Bonne Chanson à l'école ».

En 1942, il crée l'association des « Amis de la Bonne Chanson », qui compte plus de 12 000 membres en 1945. Ces membres ont droit à des rabais sur les produits « La bonne chanson ».

L'abbé GADBOIS se fait donc le promoteur infatigable de la chanson, non seulement par ses cahiers (albums), disques, émissions radiophoniques, mais aussi par l'organisation de festivals, de concours et de congrès dont les plus remarquables furent ceux du Forum de Montréal en 1942, du Colisée de Québec en 1943 et de Lewiston (Maine, USA ) en 1944.

Et il crée aussi une revue mensuelle, « Musique et musiciens », qui paraît de 1952 à 1954.

En 1953, l'abbé Charles-émile Gadbois fonde même une station radiophonique : CJMS (sigle de : « Canada : "Je me souviens" »).


Mais les autorités ecclésiastiques l'obligent aussitôt à se départir de CJMS : il la vend à son frère Raoul GADBOIS (1912 - août 2002), courtier, qui réussit à la vendre presque aussitôt, en 1955.

Le poste CJMS, qui devait être selon la conception de l'abbé GADBOIS celui de la famille unie et catholique (« qui chante et qui prie ensemble », comme l'est un peu aujourd'hui « Radio Ville-Marie » à Montréal) devint ainsi, au contraire, un poste commercial, en compétition avec tant d'autres et qui disparut à la fin du XXe siècle.

Et en 1955, « La Bonne Chanson » est vendue aux Frères de l'Instruction chrétienne, de La Prairie, pour simple ré-édition et diffusion des cahiers existants, par décision des autorités diocésaines, qui forcent l'abbé Gadbois à n'exercer désormais que ses fonctions de prêtre, dans l'ombre et en dehors du monde musical, comme simple vicaire de paroisse et petit aumônier scolaire.

L'abbé Gadbois commente ainsi, dans son Curriculum vitæ, le changement drastique imposé à sa carrière :

Après beaucoup de fatigues, d'inquiétudes et de tracas surtout financiers [souligné dans le texte], comme La Bonne Chanson et le poste CJMS avaient tendance à devenir des entreprises un peu trop commerciales, Son Excellence Mgr Arthur DOUVILLE, au printemps 1955 me demande de cesser toutes mes activités à La Bonne Chanson et au poste CJMS et de lui donner tous mes biens meubles et immeubles sans exception, c'est-à-dire une valeur que j'estimais à $300,000.00 [soit : quelques millions de dollars canadiens de l'an 2000 !]. C'était là la plus grande épreuve de ma vie.


Bien sûr, il y eut au Québec, moins d'une décennie après, la « Révolution tranquille » (avec, notamment, une grande et rapide désaffection religieuse et le remplacement spontané des chants folkloriques par ceux, tout récents et innovateurs, de nombreux nouveaux chansonniers...); mais personne en 1955 ne pouvait prévoir ce grand balayage, cette « Révolution... » !



De 1955 à 1958, l'abbé Charles-émile GADBOIS est donc simple vicaire de la paroisse Sainte-Famille de Sherbrooke.

De 1958 à 1960, il est aumônier à l'école secondaire et au Mont-Saint-Bernard de Sorel.

Puis, en 1960, il est admis chez les moines Cisterciens de Rougemont. Il y fait sa profession temporaire en avril 1961.

Mais la maladie le frappe en septembre 1962. Une sinusite mal soignée vire à l'abcès. Hospitalisé d'urgence, il passe tout près de mourir.

Débute alors une très longue convalescence : un séjour de sept mois à l'hôpital Saint-Charles Borromée (de Montréal), puis à l'infirmerie de la Fraternité sacerdotale (à la Pointe-du-Lac) pendant quinze mois.

Après ces quelque 2 ans de maladie, il habite chez sa mère, boulevard Pie IX à Montréal, en 1964-1965.

En 1966, sa soeur Rose-Alma (1902-), religieuse c.n.d., Mère St-Charles de Jésus, reçoit l'autorisation du Vatican, de vivre à côté de lui et de veiller sur lui.

Le 18 juin 1980, plus de 1000 personnes lui rendent hommage lors de son Jubilé d'Or sacerdotal : ses 50 ans de prêtrise sont célébrés à Montréal, en l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus.

Il meurt le 24 mai 1981, exactement 8 jours avant d'atteindre ses 75 ans.

Son corps repose dans la crypte du Séminaire de Saint-Hyacinthe. Sa pierre tombale est accrochée au mur de la crypte.


Quelques-unes des oeuvres
de Charles-émile GADBOIS
( parfois sous le surnom Do-Mi-Sol,
   rappelant ses initiales : C. E. G. ! )

Musique de C.-E. GADBOIS, ptre
  • Chant du 3e centenaire [de Montréal (1642-1942)]
         - Apothéose de Ville-Marie (paroles du R.P. Georges Boileau (1885-1946), o.m.i.)
  • Dans la garde nationale [*] (canon à 3 parties, musique de Do-Mi-Sol)
  • Dans la forêt prochaine [*] (canon à 3 parties, musique de Do-Mi-Sol)
  • Hymne à Dollard (par. du R. P. Georges Boileau, o.m.i; mus. de Charles-émile Gadbois; harm. d'Oscar O'Brien)
  • Je vous salue, Marie
  • La Cloche chante (paroles du R.P. Georges Boileau, o.m.i.)
  • La prière en famille [*] (paroles du R.P. Blondin Dubé (1912-1997), s.j.)
  • La Rose effeuillée
  • Le bruit des berceaux (paroles de Théodore Botrel (1868-1925))
  • Légende canadienne
  • L'écho (paroles de Théodore Botrel; musique de C-E. Gadbois; harmonisation de R. Van de Goor)
  • Mon Dieu, ma Mère et lui (paroles de Georges Gray)
  • Mon Secret
  • Notre Père (1952)
  • Petite mère, c'est toi ! (paroles de Sophie Hüe(?-1893))
  • Prière du soir (paroles du R.P. Georges Boileau, o.m.i; musique de C-E. Gadbois)
  • Quand il neige sur mon pays [*] (paroles d'Albert Lozeau (1878-1924))
  • Un enfant, c'est un trésor
Paroles et musique de C.-E. GADBOIS, ptre
  • La bergère fidèle [*]
  • La ronde du bonheur [*]
  • Le coeur a besoin de l'amour
  • Le lac des amours [*] (barcarolle)
  • Le soir sur l'eau [*]
  • Le sourire [*]
  • Le temps des pommes [*]
  • Le temps des sucres [*]
Paroles de C.-E. GADBOIS, ptre
  • Au fond des campagnes [*]
  • Ave Maria [*] (paroles françaises de Do-Mi-Sol; musique de F. Schubert)
  • Belle rose du printemps [*] (paroles de Do-Mi-Sol)
  • Berceuse [*] (paroles françaises de Do-Mi-Sol; musique de Johannes Brahms)
  • Le bal chez Boulé [*] (paroles de Do-Mi-Sol)
  • Santa Lucia [*] (paroles françaises de Chs-émile Gadbois; musique de G. Braga)
  • Si tu pouvais rêver toujours [*] (Berceuse basque)
Arrangements ou Accompagnements de C.-E. GADBOIS, ptre
  • Ah! si mon moine voulait danser [*]
  • Au revoir [*] (arr. de Do-Mi-Sol)
  • Berceuse (paroles de Jules Barbier; musique de Mozart)
  • Cécilia [*] (folklore)
  • Le bal chez Boulé [*]
  • Le bourdon [*] (canon à 4 voix)
  • Le p'tit avocat [*]
  • Le p'tit cordonnier [*] (folklore; arr. de C-E GADBOIS)
  • Lève-toi, jeunesse
  • L'hiver a chassé l'hirondelle
  • Mon père m'y marie [*]
  • Partons la mer est belle ! [*] (folklore acadien)
  • Pot-pourri [*] (arr. de C-E GADBOIS; harm. de Roland VAN DE GOOR)
  • Si tu pouvais rêver toujours [*] (mélodie basque)
  • Sur la rim pom poum [*] (folklore canadien)
  • Sur la route de Berthier [*]
  • Vive le Canadien [*] (paroles de François-Xavier Burque (1851-1923), ptre)
  • V'là l'bon vent [*] (folklore)

___

[*] : fait partie du petit recueil « Les 100 plus belles chansons », éditions de La Bonne Chanson.

 


Voir aussi :

 


Voir aussi nos autres sites dédiés à un compositeur :   da-go.com/musique

___

© Copyright 2005-2017 Tous droits réservés par Denis AUBERT (webmestre, hébergeur, fondateur et responable du site; le tout, bénévolement, pour en partager le plaisir, sans en tirer de revenu, ni de compensation ni autre avantage d'aucune sorte),  Les Projets DA-GO  (da-go.com) Les Productions Da-go